CARLO ROCCELLA, créateur de vitraux


admirations



Rares sont les créateurs qui frayent les chemins, qui ouvrent les portes
et les idées.
Voici une galerie de vitraux dont les créateurs, souvent très éloignés de
mon univers artistique, m'ont néanmoins donné le courage de regarder
en face le jour et de présenter à la lumière mes propres vitraux.
Leurs auteurs sont souvent français, car j'ai pu voir les œuvres là où ils
les ont créées : c'est la seule manière de connaître et aimer les œuvres
d'art en général et le vitrail en particulier.


VITRAIL CISTERCIEN



Deux vitraux cisterciens. Aubazine (19) et, à droite, St. Nectaire (63)
Une grande pureté de tons et sobriété de lignes. Le réseau de plomb
semble presque suspendu dans l'air. Les verres, en apparence blancs,
sont en réalité riches d'une infinité de nuances très subtiles qui font
vibrer sans cesse la lumière du jour.
Leçon de modestie et d'économie de moyens, les vitraux cisterciens
invitent à la patience et à la méditation. Passez quelques heures en
leur compagnie et vous y verrez le temps se transformer en matière
et s'écouler à travers le glissement des tons et de leur densité.


FRANK LLOYD WRIGHT (1867-1959)


Considéré comme un des fondateurs de l'architecture contemporaine,
F.L. Wright a intégré le vitrail dans un grand nombre de ses projets. Architecte
génial et boulimique, toujours prêt à remettre en cause les
idées reçues, Wright conçoit l'édifice comme un être vivant qui s'inscrit
dans une
harmonie et un rythme qui le dépassent.
Cette relation entre la nature et le bâti implique une attention toute particulière
pour la lumière. Les vitraux qu'il dessine (light screens) sont lumineux et apaisants,
alternant souvent transparence et translucidité.
La mise en plomb régulière et géométrique prolonge et condense les
lignes architecturales : ses vitraux sont autant de "mises en page" de la nature
et du paysage que l'on voit par les fenêtres. L'ordre et le rythme de la nature sont
ainsi traduits, offerts sur ses parois vitrées.




Plusieurs très beaux livres sont consacrés à l'oeuvre-vitrail de FLW.
Je conseille la lecture de "LIGHT SCREENS - The leaded glass of Frank LLoyd Wright"
de Julie L. Sloan, Rizzoli International Publications 2001.

Pour en savoir plus sur l’œuvre architecturale

de F.L. Wright, le site web de la fondation éponyme est un outil excellent.


JACQUES GRÜBER (1870 - 1936)

C'est l'artiste le plus représentatif d'une génération de verriers 

qui a su conjuguer en quelques années, principalement en

Lorraine, les talents de chefs d'entreprise, d'inventeurs infatigables

et de créateurs. On pourrait citer, à côté de Grüber, les noms de

Majorelle, Janin, Barillet, Bassinot et quelques autres qui ont donné vie,

entre les deux guerres, au mouvement de renouveau du langage

du verre qu'on a appelé "Ecole de Nancy".


Grüber : chargement et exportation des tuyaux de fonte. 1928

Ce qui m'intéresse particulièrement, et que Grüber exploite a plein,
c'est l'usage sans complexes de techniques et de matériaux verriers
"pauvres" : verres mécaniques et imprimés, superposition de feuilles
de plomb, peintures sur verre aux traits tranchants et aux modelés
essentiels.
Dans les verres incolores industriels la lumière joue par diffractions,
ombres profondes et brillances soudaines : Grüber n'a pas hésité a
se servir de clichés photos pour créer ses maquettes en noir et blanc
qui traduisent la lumière crue des paysages industriels et miniers. *

Détail d'un vitrail de Grüber

En effet, et c'est un autre aspect de ces créations, bon nombre de
ces vitraux étaient destinés à des bâtiments industriels ou administratifs :
une concordance subtile entre les matériaux, le style et la destination
de ces œuvres.
Quelques références :

Jacques Gruber
Hôtel des Postes. Bar le Duc
Caisse d'Epargne. Nancy
Société anonyme des Hauts-Fourneaux et Fonderies. Pont-à-Mousson
Aciéries d'Escaut et de Meuse
Chambre de Commerce et d'Industrie de Nancy

Ateliers Majorelle
Hôtel des Aciéries de Longwy. Mont Saint Martin (détruits)

G. Janin
Siège de la Fédération Patronale de la Boulangerie. Nancy



*à retenir, dans la même veine artistique, l'immense travail des

ateliers Barillet


HENRI GUERIN (1929)

Chez Henri Guérin, verrier contemporain, j'admire l'artiste,

l'homme et le symbole.

Un livre paru en 2005 aux Editions Privat (HENRI GUERIN

- L'OEUVRE VITRAIL de Sophie Guérin Gasc) retrace 50

ans de création. L'existence de ce livre exceptionnel (combien

de monographies d'artistes devraient s'inspirer de sa rigueur!)

me dispense de résumer ici la carrière de ce créateur.

En tant que verrier je retiens l'artiste qui a su construire, au

fil des oeuvres, un langage verrier original, cohérent, complexe

et lumineux à la fois. Poète de la "dalle de verre", Henri Guérin

traite cette matière épaisse et rugueuse avec la délicatesse

d'une gouache, mettant à profit l"'art de l'écaille" qui donne volume,

module les valeurs et enchaîne les fondus.

Mais il invente aussi des palettes inédites qui trouvent dans ses

œuvres toute leur logique.


vitrail d'atelier "Qu'ils soient un", 1992

Guérin n'oublie jamais l'architecture, l'histoire des lieux, les infimes

avatars de la lumière naturelle. Dans plus d'une œuvre il va jusqu'à

"inclure" dans ses vitraux le paysage environnant, les arbres, peut-être les oiseaux...



Vous trouverez une liste exhaustive des réalisations d'Herni Guérin dans le livre de Sophie Guérin Gasc


JEAN MAURET

Verrier contemporain, Jean Mauret est un artiste de

cohérence et de patience. Ses créations sont autant

de châpitres d'une quête à l'intérieur même de l'infini

mystère de la lumière. Et dans cette immensité, Mauret

a choisi d'interroger les péripéties de la couleurs blanche,

ou plutôt d'un verre lactescent, opalin, que les verriers

appellent "blanc sur blanc".

Ce verre fonctionne comme un "traducteur" de la lumière

naturelle. Selon l'épaisseur de son placage, l'exposition,

l'heure du jour, les couleurs de l'environnement proche,

il répercute, amplifie, commente et interprète le phénomène

complexe du jour.

De là, grâce à l'art de Jean Mauret, à une mise en plomb

essentielle et à un contrepoint savant de verres de couleur

et de "jaunes d'argent", une création intensément spirituelle,

silencieuse, paisible.



Prieuré de Villesalem (Vienne) - 1998 Eglise de Souvigny (Allier) - 1982


FLORENT CHABOISSIER

"La transparence des choses" : Il serait facile de citer Nabokov
pour parler du travail de Florent Chaboissier... Mais la référence
n'est pas gratuite.
Avec son oeuvre composée d'éléments transparents empruntés
à toutes les matières, Chaboissier convoque sur son vitrail le monde
"à l'état mince".
Dans la finesse et la translucidité ces "épaves de la mémoire", gazes,
 papiers, éléments végétaux, plumes... revèlent une parentée inattendue.
Modulant la peinture sur verre avec amour, Chaboissier accompagne,
souligne, commente et exalte ces pellicules qu'il a mis debout entre nous
et la lumière.
Car, il l'a bien compris : cacher c'est donner à voir.
Comme dans la poésie, son langage brouille le sens pour nous convier
à construire notre propre regard, notre mémoire et notre chemin.







NOTRE DAME DE PEPIOLE

On éprouve une sensation étrange à Six-Fours (Var) dans la
chapelle de Notre Dame de Pépiole. Une chapelle magnifique,
à trois absides, où les toutes petites meurtrières sont garnies
de vitraux de bric et de broc : des bouteilles fichées dans le béton,
résidus de nuits bien arrosées dans la campagne provençale (on y
reconnaît d'ailleurs quelques fameux tord-boyaux...).




Et pourtant ça fonctionne ! Le fait est que le verre en transparence
contient mystérieusement le pouvoir de transcender sa propre nature.
Posé en "traducteur de la lumière", il donne à voir, évoque, instaure une
méditation, un climat spirituel, poétique.
Alors ces tessons qui paraissent issus de l'art pauvre des années '70
(mais on attribue ce vitrail au père Dom Charlier) rencontrent avec
justesse l'esprit de ce bijou de l'art roman.


Vitrail de ND de la Pépiole : extérieur et intérieur




JEAN-DOMINIQUE FLEURY


Je l'ai rencontré à Narbonne, il y a presque vingt ans. Il présentait une
œuvre étrange, une énorme sphère de ferraille à l'intérieur de laquelle
flottait, si je me souviens bien, une mince feuille de verre rouge...
On ne s'est plus croisé depuis : il doit être aussi sauvage que moi. Mais
j'ai continué à suivre ses créations architecturales.


Beaugency

Fleury est un de ces rares maîtres qui ont su se dépouiller de leur
virtuosité pour n'en retenir que les gestes premiers, les savoirs essentiels.
Peintre verrier d'expérience, il conjugue l'acte improvisé avec le dosage
savant des translucidités, le coup d'éponge rageur avec un équilibre des
couleurs jamais banal.
Fleury connaît la poésie du paysage qui se niche dans une vitre salie par la vie ...


Croix

Rare aussi sa compréhension des architectures qu'il sait sublimer
sans jamais les contraindre au service de ses créations. Là réside l'art du
verrier d'architecture.


Empeaux


Dommage que son nom soit surtout connu pour avoir réalisé les vitraux
de Soulages à Conques, vitraux qui n'ont pas le même don de respect
et de modestie des œuvres de Fleury.


Maria Elena VIEIRA DA SILVA (1908 - 1992)



Parmi les peintres du XXème siècle à qui on attribue communément

le renouveau du vitrail (Ubac, Manessier, Léger...) on oublie souvent de
citer Vieira da Silva.
Pourtant, c'est mon avis personnel, en une seule oeuvre, l'Eglise
St. Jacques à Reims, elle a su conjuguer son univers pictural avec
l'idiome spécifique de la transparence, pour créer un troisième langage

inédit.


Vitraux de l'église St. Jacques à Reims

On retrouve dans cet ensemble les architectures palpitantes et le
labyrinthe paisible de ses tableaux, une vibration particulière de la

lumière qui fait appel à une connaissance intime et instinctive de la

transparence.
Là où la plupart des peintres (Chagall compris) restent des artistes

qui peignent sur le verre, Vieira da Silva peint "dans" le verre, dans

la densité du volume lumineux qui se développe à partir du vitrail.


détail


Grâce à la collaboration avec Charles Marq, maiître verrier des ateliers

Jacques Simon, à son souci de documentation et à son acharnement d'

"infatigable bosseuse", ces vitraux ont vu le jour de 1966 à 1998.

Les maquettes originales, de toute beauté, sont visibles sur le site de
la Réunion des Musées Nationaux 


LE VITRAUX DU YEMEN

Vous arrivez à Sanaâ et aussitôt l'architecture vous saisit. C'est le pays
 des bâtisseurs qui ont conçu une architecture de sable et de pierre, de
brique et de plâtre.
Sur les façades le soleil dessine l'alchimie subtile des aplats et des
immenses appareils de pierre sur lesquels se découpent les dentelles
de plâtre et de gypse.



Mais à peine a t-on franchi les portes de ces géants écrasés de soleil
qu'une lumière apaisante nous reconforte comme une eau de source.
Ce sont les vitraux de Sanaâ, aux couleurs simples, aux formes
élégantes enchâssées dans un réseau d'élégantes nervures de plâtre.



Issu d'une technique qui doit autant aux artisans juifs qu'aux mosaïstes
byzantins, le vitrail yemenite est une tradition encore bien vivante,
 un procédé architectural indissociable d'un art de la construction
qui se joue dans la relation intérieur/extérieur, dans un rapport
 raffiné avec une lumière aveuglante.



Un documentaire magnifique de Gilbert Cahen "Vitraux insolites
 à Sanaâ" retrace l'histoire et les techniques de cet art verrier majeur.


LOUIS RENÉ PETIT ou "de la Matière"



une seule image suffit pour entrer dans le monde "matérialiste" de
Louis René Petit
Je dis Matérialiste, cela signifie pour moi : assumer toute la matérialité
du verre, sa chair, les distorsions qu'il
impose au regard, celles qu'il subit par le travail de l'homme et qui sont
autant de portes ouvertes vers la vraie
spiritualité...
...celle qui passe par le corps, le traverse, et va vers l'inconnu.

Petit nous a quittés en 2007. Un très beau site est consacré a son œuvre
http://www.louis-rene-petit.org/spip179d.html




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