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LRMH LABORATOIRE DE RECHERCHE DES MONUMENTS HISTORIQUES
Conseil scientifique 2005 Programme « Vitrail »

PÔLE « VITRAIL »

BILAN 2004 - 2005



INTRODUCTION

N’ayant plus d’ingénieur de recherche depuis 1995, et un seul ingénieur d’étude depuis 2003,
la situation au sein du pôle scientifique « Vitrail » est plus que critique. Nous sommes dans une
situation d’alerte maximale. Les nombreuses demandes provenant des architectes et
restaurateurs ne peuvent malheureusement pas être réalisées dans les temps demandés. Il
en va de la crédibilité du LRMH.
Pour remédier à cette situation, le LRMH a trouvé comme solution momentanée de faire
appel à une société de portage qui nous offre les compétences d’un ingénieur chimiste
qualifié. Cette situation est inacceptable mais malheureusement la seule possible
actuellement pour répondre au retard des demandes.
La recherche scientifique sur l’altération et la conservation des vitraux s’est considérablement
ralentie et c’est la réputation internationale du LRMH qui est en jeu dans un domaine où la
France a eu pendant très longtemps le leadership. Les études et recherches présentées ici
sont donc en très grande part réalisées grâce à des partenaires scientifiques extérieurs.

Programme « Vitrail » LRMH
Conseil scientifique 2005
Application de la microsonde Raman-Laser à l’étude des vitraux
Philippe COLOMBAN (Laboratoire de dynamique, interactions et réactivité - CNRS - UMR 7075)
Marie-Pierre ETCHEVERRY (ingénieur sous contrat, LRMH)
Cette recherche, qui entre dans le cadre d’une subvention passée début 2005 avec le LADIR
de Thiais, est menée en collaboration avec l’équipe de P. Colomban, directeur de recherche,
qui développe depuis plusieurs années l’application Raman aux matériaux vitreux.
Dans un premier temps, ce projet a consisté à définir les potentialités d’application de la
microsonde Raman à l’étude des vitraux et de leurs produits d’altérations, à partir d’un
échantillonnage constitué d’une trentaine de fragments de verre d’époques et de couleurs
différentes. Afin d’établir des corrélations entre les phénomènes vibratoires détectés et une
composition, et de tenter de définir les contributions propres aux spectres enregistrés, des
analyses élémentaires quantitatives ont été menées simultanément en microscopie
électronique à balayage et à la microsonde électronique. L’échantillonnage comportait
par ailleurs des verres modèles de composition connue, synthétisés dans le cadre du
programme européen VIDRIO.
Les tests Raman menés en laboratoire ont ainsi mis en évidence trois grands types de verre
sur la base des rapports formateurs/modificateurs (concentrations). Ces premiers résultats
encourageants ont fait l’objet d’une communication orale lors de la dernière Conférence
internationale sur l’application de la spectroscopie Raman à l’art et à l’archéologie (Paris
31/08 - 03/09/2005), et sont en cours de publication. Ils ont montré que cette méthode
d’analyse structurelle, à partir de la constitution de bases de données de références de
spectres types et moyennant une recherche à plus long terme, est en mesure de permettre
la caractérisation des vitraux et de leurs produits d’altération de manière non destructive.
Dans le but d’aboutir à un meilleur diagnostic de l’état de conservation des vitraux, l’un des
objectifs de ce travail préliminaire était de tester un appareil portable in situ. Une campagne
de mesures a donc été organisée à la Sainte Chapelle de Paris durant 5 jours (24-28 octobre
2005), en collaboration avec la société Horiba-Jobin-Yvon qui, pour l’occasion, a mis à notre
disposition un nouvel équipement prototype (spectromètre à tête CCD Axial 532). Un dispositif
de cales et un support XYZ à déplacement micrométrique a permis de positionner la tête
optique au niveau de la partie basse des baies du choeur accessibles par l’ancienne tribune
aux reliques (fenêtres G102 restaurée et protégée en 2003 et H100 non restaurée). Les tests
ont porté sur différents types de verres : médiévaux restaurés ou non, pièces rapportées au
XIXe s., verres de couleurs différentes. Afin d’évaluer l’efficacité des procédures d’analyse,
des mesures ont été réalisées sur la partie interne des baies, mais aussi sur des faces externes
au niveau de la rosace ouest de l’édifice (pièces du XVe et du XIXe s.), en testant différents
accessoires optiques (objectifs de grossissements x 10, x 50 et x 100 et focales variées
permettant de travailler plus ou moins au contact des verres).
Ces premiers résultats, en cours de traitement, ont montré qu’il est possible d’acquérir des
spectres Raman exploitables dans certaines conditions, et que les verres les plus sombres
(les bleus et les verts notamment) peuvent être facilement analysables sans aucun nettoyage
préalable. De plus, ils ont montré que dans les conditions d’étude mises en oeuvre, et pour les
verres les plus sombres, on peut d’ores et déjà distinguer les verres potassiques des verres
sodiques. Cette observation s’avère particulièrement intéressante pour repérer in situ les
pièces remplacées au XIXe s.

RECHERCHES
• Sous contrats ou subventions
LRMH
Conseil scientifique 2005 Programme « Vitrail »
Ces tests novateurs qui ont démontré la faisabilité de l’application, ont permis d’optimiser les
conditions d’expérimentation et de définir un protocole d’étude sur site que l’on souhaite
expérimenter au cours des prochains mois, à l’occasion d’une nouvelle campagne de mesures

Étude des verres plaqués rouges (Programme Antoine de Pise)
Corpus Vitrearum - UMR 86-97 - CNRS
Marie-Pierre ETCHEVERRY (ingénieur sous contrat, LRMH)
Rappelons que le programme de recherche sur le traité d’Antoine de Pise (fin du XIVe s.) a
regroupé des historiens d’art du CNRS et de l’université de Paris IV - Sorbonne, l’atelier Debitus,
maître-verrier à Tours, et le LRMH. Il avait pour objectif d’effectuer une traduction critique de
ce traité en langue Toscane médiévale et d’expérimenter les techniques et procédés décrits
(construction d’un four, cuisson de pièces de verre peintes, reproduction du jaune d’argent).
Le traité décrit par ailleurs un procédé de gravure à l’acide (« L’Eau des orfèvres ») que l’on
croyait bien plus tardif et l’expérience a montré que certains verres plaqués sont restés
insensibles à l’attaque acide. Partant de ce constat, on a choisi de mener une étude spécifique
afin de comprendre le comportement de ces verres et les raisons du phénomène : composition
des verres, type de placage, épaisseur du placage, rôle du cuivre…
Un échantillonnage de verres plaqués rouges, donnés comme provenant de la cathédrale de
Tours et datés de la fin du Moyen Âge, ont été soumis à des attaques acides en atelier. Elles ont
été effectuées au moyen d’acide nitrique et/ou d’acide chlorhydrique, suivant les
concentrations standards du commerce (68 %) durant 3 h ou 5 h.

Programme « Vitrail » LRMH  Conseil scientifique 2005
Différentes méthodes d’analyses ont été utilisées pour étudier ces verres depuis la loupe
binoculaire jusqu’au microscope électronique à balayage (sections polies), ou à la microsonde
électronique (profils élémentaires). Les verres de la cathédrale de Tours, comme d’autres
fragments anciens ponctuellement observés en parallèle, présentent des caractéristiques
chromatiques qui les distinguent des fragments plus récents, et surtout des verres
contemporains. On observe en effet parmi les vitraux médiévaux, toute une gamme de tons
allant du rouge sombre uniforme au rouge sang, jusqu’aux magnifiques verres fouettés ou
flammés, d’un rouge profond aux reflets nuancés, dont les maîtres-verriers savaient tirer parti
pour figurer un décor spécifique. Des observations en section ont permis de distinguer deux
types de placage rouge que l’on a choisi de nommer arbitrairement « monocouche » ou «
multicouches » :
 l’un, extrêmement fin, est à peine visible à l’oeil nu (60 à 200 microns d’épaisseur) ;
l’autre est une couche rouge plus épaisse formée d’une succession de filets plus ou moins
intenses qui peuvent occuper 1/3, et parfois même la moitié, de l’épaisseur du verre
(c’est-à-dire = 1,5 mm). C’est notamment le cas des remarquables verres fouettés.
Ces deux types de placages semblent systématiquement recouverts d’une très fine couche
de verre transparent en surface. Le chromogène utilisé est le cuivre, et des recherches
menées en collaboration avec l’université de Marne-la-Vallée sont en cours sur la spéciation
du cuivre dans ces verres, par l’application du rayonnement Synchrotron.
Enfin, des analyses élémentaires quantitatives ont montré que les verres les plus résistants à
l’attaque acide se caractérisaient par :
une teneur en silice plus élevée, aussi bien dans la fine pellicule de verre transparent qui
recouvre le placage en surface que dans le verre-support ;
une teneur en calcium moins élevée.
La composition de ces verres est donc responsable de leur sensibilité à l’attaque acide et,
dans une moindre mesure, l’épaisseur du placage aussi. En effet, les plaqués rouges dits
« multicouches » sont à peine attaqués en surface ; on note, au passage, que la concentration
en cuivre est aussi localement plus élevée dans ce cas.
Cette étude, qui souhaite contribuer à la connaissance de l’histoire des techniques du vitrail,
vient clore l’ensemble des recherches développées dans le programme Antoine de Pise
dont le rapport final est en cours de rédaction.

Étude de procédés de collage de pâtes et dalles de verre (suite)
William FAURE (RESCOLL - École de chimie de Bordeaux)
Elisabeth MARIE-VICTOIRE (pôle sientifique « Béton ») - Claudine LOISEL (ingénieur sous contrat,
LRMH) - Jean-Jacques BURCK (LRMH)
Cf. : pôle scientifique « Béton ».

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• Hors contrats ou subventions
Mise au point de nouveaux consolidants pour le refixage des grisailles
Flore DESQUINS (stage MST)
Claudine LOISEL (ingénieur sous contrat) - Jean-Jacques BURCK (LRMH)
Cette étude est réalisée dans le cadre du mémoire de Maîtrise des sciences et techniques
en conservation-restauration des biens culturels de Flore Desquins.
Après une étude bibliographique sur les différents types de matériaux utilisés pour le refixage
des grisailles, nous avons choisi d’expérimenter des mélanges consolidant/adhésif pour
optimiser au maximum la consolidation de la grisaille, d’une part, et, d’autre part, de renforcer
l’adhérence de la grisaille sur le verre. Cette étude de 6 mois a débuté le 03 octobre 2005 et
se terminera le 31 mars 2006.

VIDRIO, un programme européen de conservation des vitraux (2002 – 2005)
« Définition des conditions nécessaires pour prévenir les altérations des vitraux anciens dues
à la condensation, au dépôt de particules et au développement de micro-organismes, à
l’aide de protections par doubles verrières »
Isabelle PALLOT-FROSSARD (LRMH) - Marie-Pierre ETCHEVERRY (CPP-LRMH)
Partenaires européens :
 CPP-LRMH : Cercle des partenaires du patrimoine - Laboratoire de recherche des
monuments historiques (Champs-sur-Marne - France)
 CNR : National Research Council Institute of Atmospheric Sciences and Climate (Padoue -
Italie)
 SSV : Stazione Sperimentale del Vetro (Murano - Italie)
 ISC : Fraunhofer Institut für Silicatforschung (Bronnbach - Allemagne)
 MiTAC : Micro and Trace Analysis Center (Université d’Anvers - Belgique)
 LISA : Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques (Université Paris XII -
Créteil - France)
 Genalysis GmbH : Biotechnologiepark (Luckenwalde - Allemagne)
 Atelier Dombauverwaltung Köln (Cologne - Allemagne)
Objectif du programme
Le programme européen VIDRIO avait pour principal objectif de déterminer les conditions
optimales de fonctionnement des verrières de protection des vitraux, systèmes de
conservation préventive couramment utilisés en Europe depuis une vingtaine d’années, et
d’évaluer leur efficacité in situ.
Bref rappel sur le principe technique de base
Une verrière de protection est installée en arrière du vitrail ancien restauré, du côté extérieur
de l’édifice. Les 2 paramètres les plus importants dans la mise en place de la protection sont
la manière dont s’effectue la ventilation, et la distance entre les 2 verrières (espace interverrières).
Ces 2 facteurs doivent être définis en relation avec une étude fine de
l’environnement (et notamment de l’humidité ambiante relative), et sont fonctions de la
hauteur des baies (Bettembourg, 1994). En réalité, le choix du système relève bien souvent
d’un compromis à la fois technique, esthétique et financier.
Mise en oeuvre du programme
Au cours des 3 années imparties, ce projet a permis d’étudier les verrières de la Sainte-
Chapelle à Paris, de la basilique Saint-Urbain de Troyes en Champagne et de la cathédrale de
Cologne en Allemagne. Des vitraux de ces édifices ont fait l’objet d’une instrumentation
spécifique permettant d’enregistrer le climat local au contact ou à proximité des verres
(température de l’air et du verre, humidité relative ou spécifique, ventilation), de détecter
les phénomènes de condensation, et d’observer les dépôts de particules naturelles ou
anthropogéniques, l’impact des agents polluants ou encore la croissance de micro-organismes.
Liens site : http://www.isac.cnr.it/~vidrio/

Programme « Vitrail » LRMH Conseil scientifique 2005
Afin de recueillir des données comparatives, des campagnes de mesures ont été réalisées
au niveau de baies non protégées et protégées par double vitrage, de même orientation,
tout en analysant le microclimat ambiant à l’intérieur des édifices.
L’originalité de la démarche a résidé dans la diversité et la complémentarité des mesures
effectuées de manière consensuelle sur les vitraux in situ, la mise en oeuvre d’un appareil de
mesure du point de rosée prototype, et pour la première fois, à travers l’installation de capteurs
dans l’espace inter-verrières.
Principaux résultats
L’étude a consisté à mener à la fois des investigations sur site durant une année pour chaque
édifice, et des recherches et des expériences de simulation en laboratoire.
Microclimat
Le programme confirme que la double verrière protège les vitraux anciens des chocs
thermiques et des risques de condensation sur leur face interne (la température de la baie
protégée est légèrement plus élevée que celle de la non protégée. Cependant la
condensation peut se former sur la face interne de la protection elle-même, mais son impact
sur le vitrail ancien (face externe) est en principe limité lorsque l’épaisseur de l’espace interverrières
est adapté.
Un effet de serre a tout de même été observé sur deux sites (Sainte Chapelle, Troyes) dans
l’espace inter-verrières, beaucoup plus important à Troyes, mais aucun effet négatif au niveau
des verres anciens au terme d’une année d’investigation n’a été observé.
Impact des gaz et des micro particules
La conservation du verre dépend non seulement de la libre circulation de l’air permettant un
bon échange entre l’atmosphère interne et l’espace inter-verrières, mais aussi de la
concentration en polluants dans l’édifice. Ainsi les polluants gazeux et la composition
chimique des particules collectées ont été évalués en différents endroits des 3 sites. On
constate que les concentrations en ozone (O3) et en SO2 sont considérablement réduites à
l’intérieur des édifices par rapport à l’extérieur. Au contraire la teneur en NO2 est beaucoup
plus élevée à l’intérieur, surtout à Troyes et à Cologne où l’on détecte la formation de nitrates
en abondance et des dépôts de suies sur les verres modèles exposés in situ. Ce phénomène
peut être en grande partie relié à la fréquente utilisation de cierges dans ces 2 édifices.
D’autre part, la mesure de la variation de certains paramètres physiques du verre (masse,
opalescence, transparence) donne des indications sur le « soiling » (empoussièrement, salissure)
qui apparaît beaucoup moins important à Cologne qu’à Troyes, à l’intérieur de l’édifice. De
manière générale, on enregistre cependant moins de dépôts de ce type dans la zone interverrières,
ainsi qu’une concentration en gaz moins élevée, en particulier dans le cas de la
basilique St Urbain de Troyes où la ventilation est réduite. La protection semble donc limiter
l’accumulation de ces facteurs de pollution dans l’espace inter-verrières.
Contaminations biologiques
Les investigations menées ont permis de définir 3 paramètres significatifs : la détection et la
caractérisation des bactéries et des champignons, un index de la diversité microbienne, et
le potentiel de détérioration des micro-organismes. On a pu ainsi remarquer que, sur les 3
sites, la variété et le nombre des micro-organismes sont moins importants dans l’espace
inter-verrières, ce qui prouve une certaine efficacité de la protection de ce point de vue.
Impact de l’environnement sur les verres modèles
Des verres modèles ou « grisaille sensors » reproduisant la composition type des vitraux anciens
des 3 édifices ont été exposés in situ : aux intempéries sur le toit (en situation protégée ou
non), dans l’espace inter-verrières, en inclusion dans des panneaux de copie intégrés à la
verrière, ou encore à l’intérieur des édifices. Parallèlement, des tests en laboratoire ont
permis de déterminer la durabilité chimique des verres et d’établir un classement. D’autres
tests menés en chambre climatique ont permis d’étudier la stabilité mécanique de la grisaille
(formation de micro-fractures et arrachements), en raison de coefficients d’expansion
différents entre le verre-support et la phase vitreuse de la grisaille ; c’est notamment le cas
des vitraux de la Sainte Chapelle.

LRMH  Conseil scientifique 2005 Programme « Vitrail »
L’analyse des grisailles sensors a montré que l’altération révèle 3 phénomènes, pas toujours
faciles à identifier au terme d’une année d’exposition, et qui peuvent dépendre de la situation
d’exposition : une lixiviation des ions modificateurs de réseau (alcalins), la formation d’une
couche de gel hydraté, la formation/croissance de sels à la surface des verres. De manière
générale, ces phénomènes se sont accentués au cours du temps (cf. échantillonnages après
4, 8 et 12 mois), et peuvent être classés comme suit par ordre décroissant d’importance :
extérieur non protégé > extérieur protégé >> espace inter-verrières ~ intérieur de l’édifice.
Le rôle fondamental de l’eau (pluie, condensation, eau retenue par les sels hygroscopiques…)
et de la durée des périodes d’humidification a été clairement observé, de même que la
formation de micro-fractures (échantillons exposés aux intempéries) ou de couches
iridescentes en surface modifiant les propriétés optiques et mécaniques des verres. Enfin,
malgré la diminution des rejets de SO2 dans l’atmosphère, les néoformations de syngénite et
de gypse en surface des verres modèles restent très majoritaires dans tous les cas.


Programme « Vitrail » LRMH  Conseil scientifique 2005
Conclusions générales
De manière générale, on confirme que la double verrière joue son rôle de protection au
terme de la durée du programme. Même en cas de mauvaise ventilation, on constate une
différence de comportement entre les verrières non protégées et protégées, avec diminution
de l’importance des phénomènes d’altération et de l’empoussièrement. Cependant, on a pu
démontrer dans un cas que l’atmosphère de l’espace inter-verrières est différent de celui de
l’intérieur de l’édifice, avec des phénomènes d’hydratation proportionnellement beaucoup
plus importants (Saint-Urbain de Troyes). Afin d’assurer une meilleure conservation de ces
vitraux à long terme, le système de protection devrait faire l’objet de contrôles suivis et, si
possible, d’améliorations techniques en terme de ventilation.

ÉTUDES
Quelques exemples de rapports sont présentés ci-dessous.
CHARTRES – 28, Eure-et-Loir (Centre)
Cathédrale Notre-Dame - Façade Ouest - Baie 49, Arbre de Jessé - Baie 50, Vie du Christ
Vitraux (XIIe siècle) - Observations et analyses de l’altération du film protecteur de Viacryl
Claudine LOISEL (ingénieur sous contrat, LRMH) - Jean-Jacques BURCK (LRMH)
En 1974, les baies 49 et 50 ont été recouvertes d’un film polyuréthane (Viacryl) sur la face
externe. Une première observation avait été réalisée en 1983 pour contrôler la tenue du film
organique et l’état d’altération des verres 8 ans après la repose du vitrail. Une fissuration et
un décollement du film avaient déjà été observés localement sur certains panneaux. Après
30 années, cette dépose permet de faire le constat de l’état du film organique et des
vitraux. Ces observations sont très importantes, elles vont permettre d’établir un bilan sur les
avantages et inconvénients de l’application du Viacryl en face externe.
Cette première étude permet d’établir un premier bilan sur l’altération et l’impact du Viacryl
sur le verre. D’une façon générale, on peut dire que le Viacryl remplit son rôle jusqu’au
moment où il commence à s’altérer chimiquement et physiquement. A partir de ce début de
dégradation du film, l’altération du verre non protégé reprend. Celle-ci suit les craquelures
du film organique, d’où la possibilité d’altération en réseau, pour s’étendre en surface lorsque
le film organique de Viacryl se décolle.
Façade ouest
Baie 49, Arbre de Jessé
Face externe
Reste de film organique Viacryl

LRMH  Conseil scientifique 2005 Programme « Vitrail »
MONTFORT L’AMAURY - 78, Yvelines (Ile-de-France)
Église Saint-Pierre - Choeur, baie 3, Saint-Eustache - Nef, Baie 24, Adoration des mages
Vitraux (XVIe siècle) - Étude sanitaire et analyses physico-chimiques
Claudine LOISEL (ingénieur sous contrat, LRMH) - Jean-Jacques BURCK (LRMH)
Delphine GERONAZZO (restauratrice diplômée)
Dans le cadre d’une étude préalable menée par M. Olivier JUTEAU, maître verrier, deux panneaux
ont été déposés et amenés au LRMH pour une analyse scientifique. Les objectifs de cette
étude étaient d’établir le bilan sanitaire des panneaux et de préconiser un protocole de
nettoyage adapté. Ce travail a été réalisé en collaboration avec Delphine GERONAZZO,
restauratrice de vitraux diplômée de la MST Conservation-Restauration de biens culturels
(Paris I). Ce rapport présente tout d’abord l’état sanitaire des panneaux en faces interne et
externe pour ensuite se focaliser sur les analyses des dépôts posant des difficultés de nettoyage.

Le principal problème qui se pose est un problème de nettoyage en face interne, où les grisailles
sont très fragilisées, ainsi que les verres en bordure des plombs, qui nécessitent un travail très
minutieux et sous loupe binoculaire. Chaque pièce de verre demande une attention particulière
et il sera absolument nécessaire de tester si les grisailles adhèrent suffisamment avant
d’entreprendre tout nettoyage. Le rôle du restaurateur est très important ; c’est à lui de juger,
par son expérience et son savoir-faire, de la méthode adéquate de nettoyage à adopter : par
compresses de thiosulfate, par nettoyage au bâtonnet ou par consolidation directe. Par
conséquent, ces panneaux vont demander de nombreuses heures de travail délicat. Après le
dépiquage des pièces (dépiquage difficile à cause de l’étamage), leur nettoyage et la
consolidation des grisailles si nécessaire, l’ensemble pourra à nouveau être assemblé dans un
nouveau réseau de plombs. La décision par rapport au remplacement des plombs de casse,
par un collage bord à bord ou cuivre Tiffany, sera prise après la critique d’authenticité effectuée
sur chaque baie. Il est essentiel de déterminer le tracé initial du réseau et de différencier les
pièces de restauration des pièces d’origine, afin de savoir quels plombs on peut supprimer et
remplacer.

LUYÈRES – 10, Aube (Champagne-Ardenne)
Eglise Saint-Julien - Vitraux XVIe siècle - Étude sanitaire, documentation et analyses physicochimiques
Claudine LOISEL (ingénieur sous contrat, LRMH)
Delphine GERONAZZO, (restauratrice diplômée)
Dans le cadre de l’étude préalable concernant les vitraux du XVIe s. de l’église de Luyères, le
LRMH a été sollicité pour faire des observations sur l’état des panneaux et des recommandations
en matière de conservation-restauration. L’observation a été réalisée en collaboration avec
Delphine GERONAZZO, restauratrice de vitraux diplômée de la MST Conservation-restauration
des biens culturels (Paris I).
Ces panneaux ont été déposés en 1958 et sont restés dans des caisses à l’abri jusqu’à aujourd’hui.
Le panneau C4 nous est arrivé fixé par des points de cire sur un autre support en verre étant
donné son état de fragilité extrême. Les observations en lumière transmise nous révèlent
l’ampleur de l’état d’opacité des verres. En lumière réfléchie, nous pouvons visualiser l’état
d’altération des grisailles et noter la présence des dépôts perturbant la lisibilité du vitrail. Nous
sommes face à un cas extrême de non-lisibilité.

Programme « Vitrail » LRMH  Conseil scientifique 2005
L’une des principales raisons est le brunissement du verre causé par le phénomène d’oxydation
du manganèse, élément de composition du verre. Cette altération s’initie en surface pour
ensuite se développer en profondeur dans la couche perturbée du verre. Les deux photos cidessus
illustrent l’altération conduisant à la formation de zone sombres dans la couche perturbée
du verre. Des essais de nettoyage, semblable à ceux de Charmont-sous-Barbuise sont
actuellement en cours de réalisation et toujours en collaboration avec le LRMH.
D’autre part nous pouvons voir clairement l’altération en feuillet de la couche perturbée qui
caractérise généralement les verres archéologiques. Dans le cas de Luyères, c’est le stockage
en caisse depuis 1958 qui a provoqué une telle altération. Les grisailles sont paradoxalement
relativement en bon état. On note, toutefois, des écaillages de grisaille et de sanguine dus aux
craquelures du verre sous-jacent très fragilisé (couche perturbée très épaisse, supérieure à
300 ?m). Cela conduit, une fois la grisaille décollée, à un verre irisé. Par ailleurs, ce panneau ne
présente pas de contamination anormale par les microorganismes.

TOURS – 37 Indre-et-Loire (Centre)
Cathédrale Saint-Gatien - Transept, rose nord, baie 219 - Triforium, baie 119
Vitraux (XIIIe et XVe siècles) - Etude sanitaire, documentation et analyses physico-chimiques
Paulette HUGON (pôle scientifique « Peinture murale ») - Alexandre FRANÇOIS (pôle scientifique
« Microbiologie ») - Claudine LOISEL (ingénieur sous contrat, LRMH) - Jean-Jacques BURCK -
(LRMH)
Dans le cas de l’étude préalable à la restauration du bras nord du transept de la cathédrale
Saint-Gatien de Tours, le LRMH a été solicité pour donner ses recommandations dans le protocole
de restauration et surtout pour documenter d’un point de vue scientifique d’une part les
phénomènes d’altération des peintures et des verres et d’autre part les techniques de collage
et doublage utilisées dans une précédente campagne de restauration.
Les panneaux du triforium présentent un intérêt tout particulier pour leurs nombreuses pièces
de verre altérées par l’oxydation du manganèse. Toute documentation de ce phénomène est
importante pour une meilleure compréhension du mécanisme d’altération celui-ci étant encore
difficilement expliqué et n’ayant pas encore trouvé de solution durable.
Une particularité intéressante est la présence d’une peinture de couleur bleu clair située au
niveau des cabochons de la robe de l’archevêque sur le panneaux b2 du triforium.
Il s’agit en fait d’une peinture à froid composée
d’outremer naturel, minéral provenant du lapis
lazuli, et non d’un émail ce qui donne à ces
panneaux une grande valeur artistique et
historique. C’est la première fois qu’une peinture
à base d’un tel pigment est mise en évidence sur
un vitrail. Il est donc de notre devoir de conserver
au mieux ces vitraux exceptionnels.
D’autre part, la réalisation des lavis en face
externe donne à ces panneaux une valeur
supplémentaire que nous nous devons de
préserver de notre mieux. Il va donc de soi que la
mise en place de verrières de protection est
impérative pour conserver cet ensemble.

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