centre André Chastel

Équipe de recherche sur le vitrail

Sous la responsabilité de Claudine Lautier

Bilan des recherches 2005-2009

 

L’Équipe de recherche sur le vitrail du Moyen Âge à nos jours est constituée de personnels de l’université de Paris IV, du CNRS et du ministère de la Culture et de la Communication (DAPA), ainsi que de deux boursières post-doctorantes (CNRS et Région Ile-de-France). Leur domaine de recherche est le vitrail depuis l’époque romane jusqu’au XXIe siècle, tant en ce qui concerne l’histoire de l’art, l’étude des matériaux, que l’histoire des métiers et celle des artistes et de leur milieu.

Une des tâches fondamentales de l’Équipe de recherche sur le vitrail est la publication de volumes qui peuvent, pour une partie d’entre eux, s’insérer dans la collection du Corpus vitrearum, organisme international fondé en 1952 et placé sous le patronage de l’Union académique internationale et du Comité international d’histoire de l’art. Les quatorze pays d’Europe et d’Amérique qui le composent ont publié à ce jour 98 volumes, dont 22 pour la France, répartis en trois séries : les « Monographies », le « Recensement des vitraux anciens de la France » et les « Études » à caractère thématique. La politique éditoriale française, à l’intérieur du Centre André Chastel et avec la collaboration de membres correspondants, s’est intensifiée ces dernières années, puisque trois volumes ont été publiés entre 2001 et 2004, et six autres entre 2004 et 2008, un dixième enfin paraîtra en 2009.

Enseignants-chercheurs de l’université de Paris IV
Sylvie Balcon (MCF)
Fabienne Joubert (PR)
Dany Sandron (PR)

Chercheur du CNRS
Claudine Lautier (CR)

ITA du CNRS
Karine Boulanger (IE)
Béatrice Coquet (IE)
Céline Gumiel (T)
Catherine Limousin (IR)

Conservateur du ministère de la Culture et de la Communication
Michel Hérold (CdP)

ITA du ministère de la Culture et de la Communication
Martine Callias Bey (IE)
Véronique David (IE)
Françoise Gatouillat (IR)

Post-doctorants
Isabelle Isnard
Laurence Riviale

Membres correspondants
Catherine de Bayser ; Philippe Bonnet (conservateur en chef du patrimoine, région Bretagne) ; Chantal Bouchon (conservatrice au musée des Arts décoratifs, Paris) ; Jean-Charles Cappronnier (chargé d’études, Archives nationales) ; Patrick Chatelin ; Philippe Cheron (IE, région Haute-Normandie) ; Jean-Yves Coulon (architecte) ; Claire Denis ; Jérôme Djian (archiviste) ; Laurence de Finance (conservateur en chef du patrimoine, Paris) ; Nathalie Frachon-Gielarek (responsable d’édition, revue Monumental) ; Delphine Geronazzo (restauratrice-conservatrice) ; Anne Granboulan (post-doctorante, université Paris IV) ; Fabienne Hoffmann (chargée d’études au Vitrocentre de Romont, Suisse) ; Brigitte Kurmann-Schwarz (chercheur au Vitrocentre de Romont, Suisse) ; Guy-Michel Leproux (PR, EPHE) ; Philippe Lorentz (PR, université de Strasbourg 2) ; Jean-François Luneau (MCF, université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) ; Nicole Meyer-Rodrigues (directrice de l’unité archéologique de Saint-Denis) ; Xavier de Massary (conservateur du patrimoine, région Champagne-Ardenne) ; Marie-Noëlle Médaille (chargée d’études, région Haute-Normandie) ; Danielle Minois (post-doctorante, université Paris IV ; Elisabeth Pillet (conservateur du patrimoine, Ville de Paris) ; Christiane Riboulleau (IE, région Picardie) ; Yves-Jean Riou (conservateur général honoraire du patrimoine) ; Fabienne Stahl (doctorante, université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) ; Anne Tobé

Équipes correspondantes
- Laboratoire de Recherche des Monuments historiques (ministère de la Culture et de la Communication, Champs-sur-Marne) ;
- Centre de Recherche sur les Monuments historiques (ministère de la Culture et de la Communication, Paris) ;
- Centre d’Etudes supérieures de Civilisation médiévale, équipe « Epigraphie, culture écrite et communication » (UMR 6223, CNRS- Université de Poitiers) ;
- Services régionaux de l’Inventaire : Aquitaine, Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes ;
- Direction Régionale des Affaires Culturelles de la Région Alsace ;
- Vitrocentre, Centre de Recherche et d’Information sur le vitrail (Romont, Suisse).

 

1. Études fondamentales de sites
2. Recensement du patrimoine verrier
3. Études thématiques
4. Bases de données
5. Organisation de colloque et journées d'études

 

1. Études fondamentales de sites

Les « Monographies » constituent la série fondatrice du Corpus vitrearum, régie par des « Directives » internationales. Elle est destinée à publier de façon exhaustive la vitrerie de la totalité ou d’une partie d’un édifice, pour la période s’étendant des origines à la fin du XVIIIe siècle. Chaque volume comporte une illustration complète de tous les vitraux avec leur critique d’authenticité, ainsi que des documents comparatifs. Une étude de synthèse très approfondie forme la première partie de chaque ouvrage ; elle est suivie d’un catalogue, verrière par verrière et panneau par panneau, qui constitue un appareil scientifique et documentaire complet. Un volume de cette série a été publié en 2006 au sein du Centre André Chastel, un second est prévu pour 2009 (manuscrit remis à l’éditeur).


A. Les vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes

Le volume est consacré à l’un des ensembles majeurs de la peinture sur verre en France, injustement méconnu. L’étude, menée conjointement par les deux auteurs, du contexte de la création, du cadre architectural, et de l’histoire mouvementée des restaurations, forme le préalable indispensable à l’analyse iconographique et stylistique des verrières basses (EP) et de celles du triforium et des baies hautes (SB). Une vision neuve se dégage de cette recherche qui situe la vitrerie troyenne au regard des grands débats contemporains touchant l’Église et envisage sa création à l’aune des autres grands foyers, notamment Paris. Le catalogue des vitraux constitue la seconde partie.
Elizabeth C. Pastan et Sylvie Balcon, coordination scientifique de Claudine Lautier, Les Vitraux du chœur de la cathédrale de Troyes (XIIIe siècle), Corpus vitrearum – France, « Monographies » II, Paris, CTHS, 2006 ; 539 p., 419 fig. (grand in 4°).

Troyes (Aube), cathédrale, vitrail des Miracles de saint André : saint André exorcisant un démon (vers 1235-1245) © Phot. Elizabeth Pastan


 

B. Les vitraux de la cathédrale d’Angers


La cathédrale d’Angers abrite l’un des plus importants ensembles vitrés de l’Ouest de la France, datant des XIIe, XIIIe et XVe siècles. Le vitrail de l’Enfance du Christ, dans les années 1160, est un des plus anciens de France. Une seconde série d’œuvres fut mise en place à la charnière du XIIe et du XIIIe siècle. L’épiscopat de Guillaume de Beaumont (1202-1240) vit la reconstruction du chœur et la commande de nouvelles verrières pour les parties orientales de l’édifice aux environs de 1230-1235. Les verrières des XIIe et XIIIe siècles forment un ensemble iconographique axé sur des saints vénérés à Angers et dont la cathédrale conservait les reliques. À la suite d’un incendie survenu en 1451, la fabrique commanda pour le transept deux roses et quatre grandes verrières – d’une qualité exceptionnelle – à André Robin. La publication, par les éditions du CTHS, est prévue pour 2009.
Karine Boulanger, Les Vitraux de la cathédrale d’Angers, Corpus vitrearum – France, « Monographies » III, Paris, CTHS, parution prévue en 2009 ; environ 430 p. et 350 fig. (grand in 4°).


Angers (Maine-et-Loire), cathédrale Saint-Maurice : l’évêque Guillaume de Beaumont, donateur du vitrail de saint Julien (vers 1230-1235) © Centre André Chastel / Phot. C. Gumiel

 

C. Les vitraux de la cathédrale de Chartres

La restauration des verrières basses de la cathédrale de Chartres, qui avait débuté en 1986, est maintenant achevée. Claudine Lautier, au cours de ces années, a pu examiner, dans les ateliers des restaurateurs, toutes ces verrières, pour établir la critique d’authenticité verre par verre de tous les panneaux de vitraux et pour faire leur analyse approfondie et avoir une couverture photographique complète (ensembles et détails). Le but est la rédaction d’un volume dans la série « Monographies » du Corpus vitrearum qui se fera dans les trois années à venir. Mais ce stade préparatoire lui a donné l’opportunité de rédiger plusieurs articles sur ces verrières basses. Elle a suivi et continuera de suivre la restauration des fenêtres hautes de la cathédrale, la campagne de travaux concernant actuellement le chœur.

 
Chartres (Eure-et-Loir), cathédrale : Histoire de Noé : Noé lâche la colombe, qui revient vers l'arche avec un rameau (vers 1200-1205) © Centre André Chastel

 

2. Recensement du patrimoine verrier

A. Recensement des vitraux anciens de la France

Le « Recensement des vitraux anciens de la France » a pour but d’inventorier les vitraux français antérieurs à la Révolution, regroupés par régions administratives actuelles. Chaque volume comprend une introduction sur la région concernée, un catalogue fenêtre par fenêtre de tous les édifices étudiés, mais aussi un catalogue des vitraux disparus connus par la documentation et des vitraux déplacés, les notices étant accompagnées d’un appareil documentaire complet.
Cette série est un outil non seulement pour les historiens, mais aussi pour les instances chargées de la conservation-restauration des vitraux et pour les restaurateurs. Inaugurée il y a 30 ans déjà, elle a permis de faire connaître un patrimoine verrier d’une richesse et d’une qualité insoupçonnées jusqu’alors.

a. Recensement des vitraux de Bretagne et de Basse-Normandie


À ce jour, la moitié nord de la France, soit environ 80% du patrimoine verrier français, est inventoriée et publiée. La moitié sud du pays fera probablement l’objet de la publication de trois volumes. Ils seront consacrés aux régions d’Auvergne, Poitou-Charentes, Midi-Pyrénées, Aquitaine, Roussillon, Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Les regroupements seront faits suivant les accords passés entre les régions concernées. Les années 2009-2013 seront donc consacrées à recenser les vitraux méridionaux, moins nombreux et conservés dans des sites dispersés. Cet inventaire thématique national est en passe d’être achevé rapidement.
Deux volumes ont été publiés en 2005 et 2006, l’un sur la Bretagne et l’autre sur la Basse-Normandie, deux régions dont le patrimoine verrier était jusqu’alors très sous-estimé, voire inconnu, et pourtant d’une très grande richesse. Les deux publications sont très abondamment illustrées de photographies en couleurs.
  • Françoise Gatouillat et Michel Hérold, Les Vitraux de Bretagne, Corpus vitrearum – France, « Recensement des vitraux anciens de la France » VII, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005 ; 367 p., 371 fig. (grand in 4°).
  • Martine Callias Bey et Véronique David, Les Vitraux de Basse-Normandie, Corpus vitrearum – France, « Recensement des vitraux anciens de la France » VIII, Rennes, Presses universitaires de Rennes/Éditions Corlet, 2006 ; 255 p., 260 fig. (grand in 4°).
 
Guengat (Finistère), église Saint-Fiacre : saint Michel (vers 1500) © Centre André Chastel / Phot. Jean Rollet

b. Recensement des vitraux d’Île-de-France

La recherche effectuée par Isabelle Isnard dans le cadre d’une bourse post-doctorale financée par la région Ile-de-France doit permettre de compléter et d’actualiser le volume I du Recensement des vitraux anciens de la France publié il y a 30 ans (L. Grodecki, F. Perrot, J. Taralon dir., Les Vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, Corpus vitrearum medii aevi, Recensement I, Paris, Éditions du CNRS, 1978). Les informations collectées seront également reversées sur les bases de données du Service régional de l’Inventaire d’Ile-de-France et dans la base nationale Palissy.

Groslay (Val-d’Oise), église Saint-Martin : Arbre de Jessé, détail de Jessé; endormi (2e moitié du XVIe siècle) © Centre André Chastel / Phot. I. Isnard  

La recherche est consacrée à la région parisienne, la ville de Paris ne faisant pas partie du projet ; elle couvre donc les départements de Seine-et-Marne (41 édifices), des Yvelines (23 édifices), de l’Essonne (16 édifices), des Hauts-de-Seine (6 édifices), de Seine-Saint-Denis (3 édifices), du Val-de-Marne (13 édifices) et du Val-d’Oise (17 édifices).

 

B. Le vitrail religieux parisien 1816-1914

L’objet de l’étude de Martine Callias Bey est de recenser les vitraux du XIXe et du début du XXe siècle des églises et chapelles (conventuelles, hospitalières, militaires, chapelles de l’enseignement privé) de la ville de Paris (environ 300 sites). Ce recensement est réalisé en partenariat avec l’Inventaire régional d’Ile-de-France et la Conservation des objets d’art civils et religieux de la Ville de Paris. Les dates retenues pour l’étude, 1816-1914, correspondent d’une part à la date de la première verrière religieuse parisienne du siècle, le Christ en croix peint par Mortelèque pour l’église Saint-Roch en 1816, d’autre part au choc de la Grande Guerre qui a pour résultat l’arrêt ou le ralentissement des constructions d’édifices religieux à Paris. Chaque site fait l’objet d’une notice comprenant un historique de l’édifice et de la pose de ses verrières, suivi d’une bibliographie sélective et d’un catalogue baie par baie ; le catalogue est accompagné d’une documentation photographique exhaustive.

Entre 2004 et 2008, l’inventaire des vitraux de la période concernée a été réalisé pour 77 églises et 155 chapelles, c’est-à-dire le recensement de 1036 verrières ; les dossiers sont en cours de mise en forme. Ce répertoire du patrimoine verrier parisien du XIXe siècle sera publié sous une forme proche d’un « Indicateur du patrimoine ».

Paris, chapelle Notre-Dame-des-Anges : Sainte Catherine et sainte Foi,
par Joseph Villiet (1866) © Inventaire général / Phot. Philippe Fortin, ADAGP

 

3. Études thématiques

Les « Études » du Corpus vitrearum permettent de publier des recherches qui ne sont ni des monographies ni des inventaires. À ce jour, huit volumes de cette série ont été publiés. Les problématiques abordées sont les plus diverses (historiques, iconographiques, techniques, conditions de la création…) et parfois pluridisciplinaires. Il a été ainsi possible de publier ces dernières années dans les « Études » plusieurs thèses, dont celle de Laurence Riviale, mais aussi de développer une recherche pluridisciplinaire autour du traité et de l’œuvre d’un maître verrier toscan de la fin du Moyen Âge, Antoine de Pise.

A. Histoire du vitrail, histoire des mentalités

La thèse de doctorat de Laurence Riviale soutenue en 2004 au Centre de la Renaissance de Tours sous la direction de Claude Mignot et Michel Hérold (prix Nicole du Comité français d’histoire de l’art 2004) a été publiée en 2007 aux Presses universitaires de Rennes. Cet ouvrage étudie les verrières de Haute-Normandie dans la perspective de la Réforme à travers les thèmes iconographiques et les modèles graphiques choisis par les commanditaires, les peintres cartonniers et les peintres verriers. Il s’attache à replacer les œuvres dans leur contexte historique, mettant ainsi au jour, à travers des thèmes allégoriques ou des thèmes bibliques choisis comme métaphores des événements contemporains, des réactions vigoureuses aux violences iconoclastes et des allusions précises aux guerres de religion.
Laurence Riviale, Le Vitrail en Normandie entre Renaissance et Réforme (1517-1596), Corpus Vitrearum, série « Études », vol. VII, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007 ; 428 p., 155 fig., LV pl. (grand in 4°).
Laurence Riviale s’est aussi attachée, dans un article publié dans l’ouvrage La Mesure du savoir paru en 2007, à démontrer que les citations des Écritures sur les verrières offertes pendant la Réforme ne sont peut-être pas destinées à être lues par les fidèles. Les questions de la visibilité et de l’accessibilité des verrières, de l’alphabétisation des fidèles, de la lecture des Écritures en langue vernaculaire, enfin de la destination réelle de ces œuvres et de ces textes, transcrits sur des vitraux des années 1550, sont ici posées.

 
Pont-Audemer (Eure), église Saint-Ouen, verrière de la Rédemption, détail : Adam et Eve (1556) © Phot. Thierry Leroy


B. Artistes et ateliers, du XVe au XXe siècle

a. Antoine de Pise, l’art du vitrail vers 1400

La recherche pluridisciplinaire consacrée au traité et à l’œuvre d’Antoine de Pise a réuni quinze auteurs, historiens, historiens de l’art, praticiens du vitrail et ingénieurs en physique-chimie.
Antoine de Pise, chapelain de la cathédrale de Pise, nous a laissé non seulement une verrière à la cathédrale de Florence, mais aussi un traité pratique d’une richesse insoupçonnée (Assise, bibliotheca del Sacro Convento di San Francesco). La conservation conjointe, tout à fait exceptionnelle pour cette époque, du texte et de l’œuvre d’un même auteur nous a permis d’appréhender d’un bout à l’autre le processus complexe de création des vitraux dans l’un des plus brillants centres artistiques de l’Europe du temps, Florence. Dénué d’ambition théorique, le manuel d’Antoine de Pise est en revanche une mine de renseignements techniques sur le métier de maître verrier. Nous l’avons publié en fac-similé, transcrit et, pour la première fois, traduit en français. Pour en comprendre les enseignements, nous en avons reproduit chaque « recette » en atelier, par le biais de l’archéologie expérimentale. À l’appui de cette approche, les résultats d’analyses physico-chimiques révèlent certains aspects jusqu’ici méconnus, depuis la composition des verres jusqu’à la gravure à l’acide ou le recours à des alliages métalliques. D’autre part, l’étude de la verrière d’Antoine de Pise replace cet ensemble dans un double contexte, le chantier de construction de la cathédrale de Florence et le milieu artistique de la cité. Enfin, de nombreux documents d’archives tout comme la transcription et la traduction en français de tous les traités médiévaux connus à propos du vitrail viennent enrichir ce panorama.

Florence (Toscane), cathédrale, vitrail d'Antoine de Pise, détail : la ville de Florence dans les mains de sainte Anne (1395) © Centre André Chastel  

Antoine de Pise, l’art du vitrail vers 1400, Claudine Lautier et Dany Sandron dir., Corpus Vitrearum – France, « Études » VIII, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2008 ; 382 p., 350 fig. (grand in 4°). Prix de la Société française d’archéologie 2008.

b. Le vitrail et les traités du Moyen Âge à nos jours

La question des traités sur le vitrail a été élargie par les membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail avec l’organisation du XXIIIe colloque international du Corpus vitrearum qui avait pour thème : Le vitrail et les traités du Moyen Âge à nos jours. Le colloque s’est tenu du 3 au 7 juillet 2006 et il a réuni 120 spécialistes provenant de 14 pays d’Europe et d’Amérique. Il a mis en lumière de nombreux points concernant la nature même des textes (manuels pratiques, textes théoriques ou historiques, publications du XIXe siècle sur le vitrail ancien). Il a aussi permis de faire connaître des sources souvent inédites. Les angles d’approche ont été très variés, en particulier avec la mise en parallèle de la théorie et de la praxis, et également avec l’étude de l’impact que les ouvrages de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle eurent sur la renaissance du vitrail et sur la création au cours du XIXe siècle.

Le Vitrail et les traités du Moyen Âge à nos jours, actes du XXIIIe colloque international du Corpus vitrearum (Tours 3-7 juillet 2006), textes réunis par Karine Boulanger et Michel Hérold, Berne, Peter Lang, 2008 ; 350 p., 250 fig. (in 8°).

c. Le vitrail du XXe siècle

Les vitraux du XXe siècle offrent un champ d’investigation exceptionnel, tant sur le plan qualitatif que sur le plan quantitatif. La nécessité d’identifier, de connaître et d’évaluer ce patrimoine, encore largement sous-estimé et très peu protégé au titre des monuments historiques, s’impose comme une évidence. Plusieurs axes ont été développés : les ateliers et les artistes, les relations entre les peintres, les cartonniers et les peintres verriers, l’évolution du concept et des méthodes de restauration des vitraux. L’opération de recherche sur le vitrail au XXe siècle est d’une grande nouveauté. Jusqu’à présent, les spécialistes n’avaient publié que des études monographiques, donnant une vision morcelée de la création artistique dans ce domaine et des relations entre peintres et peintres verriers.

Une opération de recherches a été lancée par Véronique David sur les artistes cartonniers ou les peintres verriers du XXe siècle (biographie, œuvres précises, techniques particulières, etc.) afin d’enrichir les données du Répertoire des peintres verriers des XIXe et XXe siècles et de constituer une documentation pour la publication sur le vitrail du XXe siècle. Il s’agit des ateliers ou personnalités suivants : atelier Paul Bony, Émile Brière, Marc Chagall, René Dürrbach, atelier Graff et Adam, Jean Hébert-Stevens, Auguste Labouret, René Lalique, Gérard Lardeur, Gabriel Loire, Charles Lorin, Pauline Peugniez, Marcel Poncet, Paul et André Rault, Joseph Sima, Jacques et Brigitte Simon, Edmond Socard, Jean-Claude Vignes, Pierre Székely.

Le programme d’archives orales « Architecture et art religieux en France (1920-1980) », lancé par Véronique David, Michel Hérold et Jean-Charles Cappronnier (Archives nationales), avec l’assistance de Béatrice Coquet – autre volet des recherches de V. David –, permet de recueillir les précieux témoignages des acteurs de cette période, tout en mettant à jour une importante documentation. Ont fait l’objet d’enregistements ou de suivi documentaire : le peintre Michel Chaudière (cartonnier chez Labouret dont les archives ont quasiment disparu), Raymond Coulon, sculpteur, Michel Chaudière, cartonnier de l’atelier Labouret, Philippe Kaeppelin, sculpteur, Michel Guével, peintre verrier (en collaboration avec Daria Vioueva), Philippe Lejeune, peintre cartonnier et l’un des derniers témoins des Ateliers d’art sacré.
Le programme d’archives orales collabore également avec Jean-Roch Bouiller, conservateur du musée national de Céramique de Sèvres. Ce musée a développé une importante politique d’acquisition d’œuvres de céramistes contemporains. Un travail scientifique est en cours de réalisation pour documenter ce fonds. Dans ce contexte, un rapprochement entre le musée national de Céramique de Sèvres et le Centre André Chastel s’est imposé pour mettre en commun des méthodes de travail, notamment autour de la question d’entretiens avec des personnes clefs du champ étudié. La riche expérience du Centre André Chastel dans ce type d’enquête, grâce aux travaux des chercheurs de la cellule vitrail et de l’ERCO, en fait un partenaire de tout premier plan.


La question du vitrail civil des années 1925 est abordée par l’étude de l’un des plus remarquables ensembles de verrières réalisés par Jacques Gruber, à l’initiative de la Société des hauts-fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson. Grâce aux archives de l’entreprise et à des documents d’atelier patiemment réunis, cet ensemble a pu être situé dans un contexte particulièrement foisonnant.
Gruber Art Déco. Un chef d’œuvre du vitrail pour les fonderies de Pont-à-Mousson, catalogue de l’exposition tenue à Pont-à-Mousson au musée « Au fil du papier », 2007, 48 p. Textes de Michel Hérold, ouvrage publié avec le soutien de la Compagnie de Saint-Gobain et BNP Parisbas.
    Nancy (Meurthe-et-Moselle), siège de la Société des hauts-fourneaux et fonderies de Pont-à-Mousson : le chargement des tuyaux à l'exportation dans le port de Dunkerque, par Jacques Gruber (1928) © Centre André Chastel / Phot. M. Hérold

 

C. Diffusion de la recherche

a. Le vitrail champenois

Dans le cadre du contrat de plan État / Région Champagne-Ardenne, la Région et la direction régionale des Affaires Culturelles ont demandé à trois membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail d’écrire un ouvrage à destination du grand public. Le livre, consacré au vitrail en Champagne – une des deux régions les plus riches de France – a été illustré par d’admirables photographies. Il est structuré par thèmes permettant d’aborder toutes les facettes de la création dans le domaine du vitrail depuis le XIIe jusqu’au XXe siècle.
Martine Callias Bey, Véronique David et Michel Hérold, Vitrail, peinture de lumière, Lyon, Éditions Lieux-Dits, 2006 ; 183 p., 160 fig. (in 4°).

b. Dictionnaire d’histoire de l’art du Moyen Âge

Des membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail ont largement participé à ce dictionnaire, qui paraîtra chez Robert Laffont (collection « Bouquins ») début 2009.

 

4. Bases de données

A. Bases de données « vitrail » du Centre André Chastel

Le Centre André Chastel possède une très riche collection de clichés de vitraux in situ ou en ateliers, avec un nombre considérable de détails qui n’existent pas dans les collections publiques (environ 25 000 diapositives et clichés numériques). La collection des diapositives est en cours de numérisation. Karine Boulanger, ingénieur d’études spécialisée dans le domaine du vitrail, est chargée de réaliser cette base de données.
La base de données, conçue en 2004, a été entièrement reconfigurée en 2005. Elle indexe les photographies de vitraux conservées par le Centre André Chastel (sous forme argentique ou numérique). Chaque cliché donne lieu à une fiche rassemblant des informations sur la provenance, la date, l’auteur, la localisation, l’état de conservation de l’œuvre. Figurent également des indications iconographiques, suivant le thésaurus Sancti du ministère de la Culture (une convention ayant été signée à cet effet en 2006). La base comporte aussi une série de champs destinés à accueillir des données relatives à la gestion des photographies. Elle contient actuellement plus de 5600 notices et sera interrogeable selon de multiples critères : lieu de conservation, date, auteur de l’œuvre, iconographie, présence d’armoiries ou d’inscriptions. Chaque fiche est illustrée d’une vignette (format png) et il sera possible d’afficher l’image plein-écran (format jpeg).

Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle), église Saint-Nicolas : L’Assomption, détail : ange soutenant la mandorle de la Vierge, par Valentin Bousch (vers 1514-1520) © Centre André Chastel / Phot. M. Hérold  

 

B. Participation aux bases de données du ministère de la Culture et de la Communication, Répertoires des vitriers et peintres-verriers du XVIIIe siècle

Les membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail, ingénieurs du ministère de la Culture et de la Communication, participent également aux bases de données (Palissy) de ce ministère pour intégrer les données issues de leurs recherches. Cela concerne les vitraux de Bretagne (Françoise Gatouillat) et de Basse-Normandie (Martine Callias Bey).
Depuis plus de dix ans, les membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail participent à l’enrichissement du répertoire des vitriers et peintres-verriers français, dans le cadre de la base « Artistes » du MCC. De plus, Françoise Gatouillat a entrepris un dépouillement systématique des archives de la fin du XVIIe et du XVIIIe siècle (Archives nationales et archives parisiennes) concernant les vitriers et peintres-verriers parisiens, contribuant à une meilleure connaissance des métiers et des hommes à une période totalement délaissée par l’érudition jusqu’à aujourd’hui.

 

5. Organisation de colloque et journées d’études

A. XXIIIe colloque international du Corpus vitrearum

Les membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail (Karine Boulanger, Françoise Gatouillat, Michel Hérold et Claudine Lautier) ont organisé le XXIIIe colloque international du Corpus vitrearum. Ils ont été aidés dans cette tâche par la section française de l’ICOMOS (Françoise Pitras et Louis Decazes). Le colloque s’est tenu à Tours, université François Rabelais, du 3 au 7 juillet 2006, et avait pour thème : Le vitrail et les traités du Moyen Âge à nos jours.
Les colloques internationaux du Corpus vitrearum ont lieu tous les deux ans dans un pays différent. Ils réunissent les spécialistes des 14 pays qui composent le comité international. 120 spécialistes étaient présents, la grande majorité des communications étant présentées par nos collègues étrangers. Des ensembles de vitraux ont également été présentés in situ par les membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail : cathédrale et Notre-Dame-la-Riche à Tours, cathédrale de Bourges, abbatiale de la Trinité de Vendôme, Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude.

 

B. Journées d’études à Rouen : Vitrail et Arts au temps des réformes. L’exemple normand dans le contexte européen

À l’occasion de la parution de l’ouvrage de Laurence Riviale, deux journées d’études internationales et pluridisciplinaires ont été organisées par Michel Hérold et Laurence Riviale à l’hôtel de Région à Rouen avec le concours de la Région Haute-Normandie et des conseils généraux de l’Eure et de la Seine-Maritime, les 29 et 30 novembre 2007. Cette manifestation, qui associait conférences en salle et visites sur le terrain, a été l’occasion de confronter les différents modes de réaction aux idées de la Réforme dans les arts et les lettres à travers l’Europe au XVIe siècle, grâce aux contributions de collègues français ou étrangers spécialistes d’histoire moderne, de littérature médiévale, de philosophie de la Renaissance et d’histoire de l’art.





Projets de recherche 2010-2013

 

L’Équipe de recherche sur le vitrail du Moyen Âge à nos jours est constituée de personnels de l’université de Paris IV, du CNRS et du ministère de la Culture et de la Communication (DAPA), ainsi que de deux boursières post-doctorantes (CNRS et Région Ile-de-France). Leur domaine de recherche est le vitrail depuis l’époque romane jusqu’au XXIe siècle, tant en ce qui concerne l’histoire de l’art, l’étude des matériaux, que l’histoire des métiers et celle des artistes et de leur milieu.

Une des tâches fondamentales de l’Équipe de recherche sur le vitrail est la publication de volumes qui peuvent, pour une partie d’entre eux, s’insérer dans la collection du Corpus vitrearum, organisme international fondé en 1952 et placé sous le patronage de l’Union académique internationale et du Comité international d’histoire de l’art. Les quatorze pays d’Europe et d’Amérique qui le composent ont publié à ce jour 98 volumes, dont 22 pour la France, répartis en trois séries : les « Monographies », le « Recensement des vitraux anciens de la France » et les « Études » à caractère thématique. La politique éditoriale française, à l’intérieur du Centre André Chastel et avec la collaboration de membres correspondants, s’est intensifiée ces dernières années, puisque trois volumes ont été publiés entre 2001 et 2004, et six autres entre 2004 et 2008, un dixième enfin paraîtra en 2009.


Enseignants-chercheurs de l’université de Paris IV
Sylvie Balcon (MCF)
Fabienne Joubert (PR)
Dany Sandron (PR)

Chercheur du CNRS
Claudine Lautier (CR)

ITA du CNRS
Karine Boulanger (IE)
Béatrice Coquet (IE)
Céline Gumiel (T)

Conservateur du ministère de la Culture et de la Communication
Michel Hérold (CdP)

ITA du ministère de la Culture et de la Communication
Martine Callias Bey (IE)
Véronique David (IE)
Françoise Gatouillat (IR)

Post-doctorant
Isabelle Isnard

Membres correspondants
Catherine de Bayser ; Anne Bernadet (doctorante, université de Bordeaux 3) ; Philippe Bonnet (conservateur en chef du patrimoine, région Bretagne) ; Chantal Bouchon (conservatrice au musée des Arts décoratifs, Paris) ; Jean-Charles Cappronnier (chargé d’études, Archives nationales) ; Patrick Chatelin ; Philippe Cheron (IE, région Haute-Normandie) ; Jean-Yves Coulon (architecte) ; Claire Denis ; Jérôme Djian (archiviste) ; Laurence de Finance (conservateur en chef du patrimoine, Paris) ; Nathalie Frachon-Gielarek (responsable d’édition, revue Monumental) ; Delphine Geronazzo (restauratrice-conservatrice) ; Anne Granboulan (post-doctorante, université Paris IV) ; Fabienne Hoffmann (chargée d’études au Vitrocentre de Romont, Suisse) ; Brigitte Kurmann-Schwarz (chercheur au Vitrocentre de Romont, Suisse) ; Guy-Michel Leproux (PR, EPHE) ; Philippe Lorentz (PR, université de Strasbourg 2) ; Jean-François Luneau (MCF, université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) ; Nicole Meyer-Rodrigues (directrice de l’unité archéologique de Saint-Denis) ; Xavier de Massary (conservateur du patrimoine, région Champagne-Ardenne) ; Marie-Noëlle Médaille (chargée d’études, région Haute-Normandie) ; Danielle Minois (post-doctorante, université Paris IV ; Elisabeth Pillet (conservateur du patrimoine, Ville de Paris) ; Christiane Riboulleau (IE, région Picardie) ; Yves-Jean Riou (conservateur général honoraire du patrimoine) ; Fabienne Stahl (doctorante, université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand) ; Anne Tobé

Équipes correspondantes
- Laboratoire de Recherche des Monuments historiques (ministère de la Culture et de la Communication, Champs-sur-Marne) ;
- Centre de Recherche sur les Monuments historiques (ministère de la Culture et de la Communication, Paris) ;
- Centre d’Etudes supérieures de Civilisation médiévale, équipe « Epigraphie, culture écrite et communication » (UMR 6223, CNRS- Université de Poitiers) ;
- Services régionaux de l’Inventaire : Aquitaine, Auvergne, Limousin, Midi-Pyrénées, Poitou-Charentes ;
- Direction Régionale des Affaires Culturelles de la Région Alsace ;
- Vitrocentre, Centre de Recherche et d’Information sur le vitrail (Romont, Suisse).

1. Études fondamentales de sites
2. Recensement du patrimoine verrier
3. Études thématiques

 

1. Études fondamentales de sites

Les « Monographies » constituent la série fondatrice du Corpus vitrearum, régie par des « Directives » internationales. Elle est destinée à publier de façon exhaustive la vitrerie de la totalité ou d’une partie d’un édifice, pour la période s’étendant des origines à la fin du XVIIIe siècle. Chaque volume comporte une illustration complète de tous les vitraux avec leur critique d’authenticité, ainsi que des documents comparatifs.

A. Les verrières basses de la cathédrale de Chartres

L’ensemble des vitraux de la cathédrale de Chartres constitue une des œuvres majeures de la peinture sur verre du Moyen Âge en Europe, à la fois parce qu’il n’a pas été transformé à des époques tardives et qu’il n’a pas subi de destructions drastiques. Ainsi, c’est le seul monument du XIIIe siècle qui nous ait légué la presque totalité de son patrimoine vitré d’origine. Par sa cohérence et la rapidité de sa réalisation (1195-1230 environ), il constitue donc un terrain de recherche privilégié.


Depuis le début de la dernière grande campagne de restauration (1986), Claudine Lautier a examiné en atelier toutes les verrières basses en cours de restauration et les premières verrières hautes. Cette analyse rapprochée, accompagnée d’une critique d’authenticité pièce à pièce de toutes les verrières, lui a permis d’aborder de manière nouvelle l’ensemble vitré le plus prestigieux de France. Elle a déjà consacré plusieurs articles et un ouvrage sur le sujet. Mais c’est le moment pour elle de préparer la publication d’un ouvrage sur les verrières basses (48 baies) de la cathédrale dans la série « Monographies » du Corpus vitrearum, qui paraîtra en 2011-2012.
Si la restauration des fenêtres hautes de la cathédrale de Chartres se poursuit au rythme actuel, il est possible de prévoir un second volume sur les verrières hautes à l’horizon 2015.
 
Chartres (Eure-et-Loir), cathédrale, Vie de saint Thomas apôtre : saint Thomas préside à la construction d’une église (vers 1210-1220) © Centre André Chastel / Phot. C. Lemzaouda

 

B. Les verrières des chapelles latérales de la cathédrale de Bourges

L’Équipe de recherche sur le vitrail a participé très directement à l’analyse des vitraux des chapelles latérales de la cathédrale de Bourges avec les deux chercheurs associés chargés de rédiger le volume monographique, Guy-Michel Leproux et Brigitte Kurmann-Schwarz. Cette dernière a déjà publié plusieurs articles et un livre sur cette série de vitraux et compte mener à bien la publication de l’ouvrage vers 2012.

Bourges (Cher), cathédrale Saint-Étienne, chapelle Jacques Cœur
Ange musicien (1451 ) © Centre André Chastel / phot. M. Hérold

Les vitraux, réalisés entre la fin du XIVe siècle et le début du XVIIe, sont prestigieux et d’une très haute qualité. Ce sont des verrières offertes par les dignitaires de l’église métropolitaine et les notables de Bourges, parmi lesquels l’argentier du roi Charles VII, Jacques Cœur.

 

C. Les verrières du XIIIe siècle de la cathédrale de Bourges

Un second volume concernera les verrières du XIIIe siècle de la cathédrale, c’est-à-dire les baies du chevet et les fenêtres hautes de la nef pour lesquelles Karine Boulanger a entrepris une recherche en vue de la publication d’un volume monographique (archives de la cathédrale de Bourges déjà dépouillées, en liaison avec la restauration des fenêtres hautes du côté sud de l’édifice).


Bourges (Cher), cathédrale Saint-Étienne : le départ du fils prodigue (vers 1210-1215) © Centre André Chastel / phot. A. Pinto

 


D. Les vitraux du XVe siècle de la cathédrale d’Évreux

Au cours de la dernière campagne de restauration des vitraux de la cathédrale d’Évreux, de 1995 à 2002, Françoise Gatouillat a réalisé avec Michel Hérold toutes les critiques d’authenticité des verrières du XVe siècle dans l’atelier du restaurateur, ce qui lui a permis d’enregistrer un grand nombre d’informations qui bénéficient à la compréhension plus générale du monument, largement remanié pendant le règne de Louis XI, en partie sur instigation royale. Il s’agit des fenêtres de la profonde chapelle axiale, rebâtie vers 1465, et de la rose sud, réalisée vers 1470. Une couverture photographique complète a été réalisée.
L’auteur a déjà publié plusieurs études sur ce vitrage de haute qualité et pourtant mal connu par les historiens de l’art. Ce groupe de verrières a vocation à être publié dans un volume de la série monographique du Corpus vitrearum à l’horizon 2012.

Évreux (Eure), cathédrale, chapelle de la Vierge
Le roi Louis XI et sa suite sous la protection de la Vierge au manteau (vers 1467)
© Centre André Chastel / Phot. F. Gatouillat


E. Les vitraux médiévaux de la cathédrale de Reims

Sylvie Balcon a le projet d’étudier les vitraux médiévaux de la cathédrale de Reims dont subsiste in situ une partie des verrières hautes, mais qui a énormément souffert des bombardements et de l’incendie de l’édifice en 1914. Le fonds de relevés à échelle 1 :1 avec indication des couleurs effectués par les maîtres verriers responsables de la vitrerie de la cathédrale avant la Première Guerre mondiale est donc d’un intérêt capital. Conservé à Reims dans l’atelier de maître verrier Simon-Marq, il pourra faire l’objet d’une campagne de prise de vue numérique systématique par notre photographe Céline Gumiel, préalable à l’étude fondamentale d’un ensemble majeur du vitrail gothique du XIIIe siècle.

 

2. Recensement du patrimoine verrier

Recensement des vitraux anciens de la France

Le Recensement des vitraux anciens de la France est en voie d’achèvement. Le volume VIII concernant la Basse-Normandie, a été publié en 2006. Aujourd’hui, sept régions méridionales restent à couvrir (Poitou-Charente, Limousin, Auvergne, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Rousillon, Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Pour mettre en œuvre le recensement des vitraux d’Auvergne, une convention de recherche a été signée au début de 2008 entre le Centre Chastel, la Région Auvergne et l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, prévoyant les modalités de travail (travail sur le terrain, documentation, photographie exhaustive des œuvres). Sont concernés près d’une quarantaine de sites, dont certains de première importance : la cathédrale de Clermont-Ferrand possède un très vaste ensemble de verrières du XIIIe siècle, encore peu étudiées ; la Sainte-Chapelle de Riom et la cathédrale de Moulins conservent deux ensembles majeurs de la fin du Moyen Âge.


Le patrimoine verrier du Limousin, très varié, est quasiment inédit depuis un inventaire publié en 1846. A côté d’ensembles comme ceux des églises d’Eymoutiers, de Solignac et de Magnac-Bourg, ou des vitraux cisterciens du XIIe siècle restés en place dans l’abbatiale d’Aubazine, la région possède des œuvres du XVe et du XVIe siècle tout à fait inconnues, dispersées dans ses trois départements. Comme le vitrage du XIVe siècle de la cathédrale de Limoges, qui n’a jamais été étudié, tous ces vitraux méritent d’être replacés dans le contexte général de la production de leur époque.
 
Limoges (Haute-Vienne), église Saint-Pierre du Queyrois : la Dormition de la Vierge, détail (vers 1510) © Centre André Chastel / Phot. F. Gatouillat

La publication conjointe des vitraux d’Auvergne et du Limousin formera le volume IX du recensement. Une convention de publication est en cours de mise au point entre le Centre Chastel, la Région Auvergne et la Région Limousin. L’achèvement de ce programme et la publication de l’ouvrage sont prévus pour 2010. Si une convention peut être établie avec la région Poitou-Charentes, les vitraux anciens de cette région pourraient faire partie du même volume.

Le recensement des vitraux d’Aquitaine a été amorcé en 2007 avec l’étude de l’important ensemble de la cathédrale de Bayonne. De nombreux textes d’archives témoignent de l’intense activité des ateliers au XVIe siècle, mais peu de verrières subsistent dans cette région. L’achèvement de l’opération s’accompagnera, en collaboration avec la Région Aquitaine, de la conception d’un « portail en ligne » thématique (2009).

Un contrat sera négocié début 2009 avec le Conseil régional de Midi-Pyrénées en vue de l’étude d’un patrimoine verrier consistant, conservé dans près de cinquante monuments, dont les cathédrales de Toulouse et d’Auch, les églises de Fleurance et de Lombez. L’opération trouvera sa conclusion en 2010-2011. La démarche de partenariat régional sera reconduite en Languedoc-Roussillon (2011-2012).

L’achèvement complet de cet inventaire thématique peut être attendu à l’horizon de 2014-2015.

 

3. Études thématiques

A. Fragments de vitraux provenant des fouilles archéologiques de Saint-Denis

L’Unité archéologique de la Ville de Saint-Denis a entrepris il y a près de 20 ans des fouilles systématiques des quartiers anciens de Saint-Denis. Elles ont donné lieu à une publication qui a fait date : Atlas historique de Saint-Denis : des origines au XVIIIe siècle, sous la dir. de Michaël Wyss et de Nicole Meyer-Rodrigues, Paris, 1996. Le mobilier archéologique est conservé dans les locaux de l’unité.
Nicole Meyer-Rodrigues a pour projet de publier les très nombreux fragments de verre creux et plat, ces derniers étant généralement des fragments de vitraux, dont les datations s’échelonnent depuis l’époque carolingienne jusqu’à la fin du Moyen Âge. Elle a fait appel à Claudine Lautier pour participer à l’étude de ces fragments, dans une perspective d’histoire de l’art, en complément de l’étude archéologique.


B. La Tradition picturale des provinces de l’Ouest de la France dans le vitrail du XIIe siècle
, Corpus vitrearum – France, série « Études »

L’ouvrage d’Anne Granboulan, docteur de l’université de Paris IV et membre correspondant du Centre André Chastel, sera consacré aux vitraux romans du domaine Plantagenêt et aux liens qu’ils présentent, tant du point de vue iconographique que stylistique, avec la production enluminée des scriptoria de la même région. Une parution est prévue pour 2011.

Le Mans (Sarthe), cathédrale : apôtres assistant à l’Ascension (vers 1120)
© Centre André Chastel / Phot. D. Geronazzo


C. Recensement des peintures françaises du XVIe siècle, en collaboration avec le musée du Louvre : le vitrail

Le département des Peintures du musée du Louvre entreprend, à l’initiative de Mme Cécile Scailliérez, conservatrice, un vaste projet de recensement des peintures françaises du XVIe siècle avec dépôt au musée d’une documentation photographique d’accès réservé aux chercheurs. En matière de peinture de la Renaissance française, peu d’œuvres subsistent aujourd’hui ; en revanche, de nombreux vitraux demeurent, qui, comme l’avait écrit André Chastel, sont l’équivalent des grands programmes muraux italiens. Il s’agit d’isoler, à partir des recensements déjà établis par l’Équipe vitrail du Centre André Chastel, des œuvres ou des groupes d’œuvres qui ont prouvé leurs liens avec la peinture, soit par des emplois de cartons communs, soit par la polyvalence avérée des artistes, soit par la virtuosité de leur technique de peinture, qui pourrait être mise en relation avec une « main » identifiable par ailleurs. Une collaboration de deux spécialistes du vitrail du Centre Chastel, Laurence Riviale et Michel Hérold, avec le musée du Louvre est donc prévue pour la période 2008-2012. Une demande de subvention auprès du Getty Institute est à l’étude pour financer deux années de recherches à temps partiel vouées à ce projet.


D. Édition critique de l’ouvrage de Pierre Le Vieil : L’Art de la peinture sur verre et de la vitrerie, Paris, 1774, in-folio, 245 p. et 13 pl. précédées d’une préface et d’un éloge de l’auteur

L’Art de la peinture sur verre et de la vitrerie, rédigé par le maître vitrier parisien Pierre Le Vieil (1708-1772), descendant de peintres verriers rouennais, a été publié à titre posthume en 1774. Le livre comprend une histoire de la peinture sur verre des origines au XVIIIe siècle (p. 1-94), un traité pratique de la peinture sur verre « considérée dans sa partie chimique et mécanique » (p. 95-198) et une troisième partie, « l’Art du vitrier », consacrée aux aspects concrets du métier qu’exerçait l’auteur (p. 199-239), close par le commentaire des planches d’illustration (p. 241-245). Référence obligée pour les historiens, l’ouvrage constitue selon Jean Lafond « la contribution principale de notre pays à la technologie du vitrail, tentant de décrire les anciens procédés et recueillant toutes les recettes qui avaient cours ». L’intérêt manifesté récemment pour les traités, thème du colloque international du Corpus vitrearum réuni en 2006 à Tours, invite à proposer la réédition critique du livre, où le point sera fait sur les avancées des connaissances sur le domaine, et où les données récemment découvertes sur Pierre Le Vieil lui-même, comme la composition de sa riche bibliothèque, contribueront à mettre en perspective sa démarche d’érudit. Cette étude sera menée par Françoise Gatouillat et Michel Hérold, avec la collaboration d’Elisabeth Pillet.

Contrat de mariage des parents de Pierre Le Vieil, 7 mars 1707 (Archives nationales, Minutier central) © Centre André Chastel / Reprod. F. Gatouillat

 

E. Artistes et ateliers : XVIIIe et XIXe siècles

                XVIIIe siècle
Si le XVIIIe siècle passe pour être une époque de décadence du vitrail, il n’en demeure pas moins que la période est caractérisée par une grande production de verrières géométriques, parfois cernées de bordures de couleur. Ce sont surtout des vitriers, et éventuellement des peintres verriers qui les réalisent, dont les noms et les œuvres nous étaient jusqu’à présent souvent inconnus. Françoise Gatouillat poursuivra le répertoire des vitriers et peintres verriers de ce siècle, étude qui complétera l’édition du livre de Pierre Le Vieil, L’Art de la peinture sur verre et de la vitrerie, Paris, 1774 (voir plus haut). Elle étudie la communauté des vitriers peintres sur verre parisiens de 1667, date des statuts édictés à nouveau par Louis XIV, à 1789. Elle opère les dépouillements d’archives dans le projet d’établir un dictionnaire précédé d’une synthèse historique sur le métier.

                XIXe siècle
Les vitraux parisiens du XIXe siècle dans les églises et les chapelles de Paris se comptent par centaines. Il est maintenant nécessaire de les identifier et de les étudier, d’en reconnaître les auteurs, les cartonniers, les donateurs, les techniques, les thèmes iconographiques… M. Callias Bey a entrepris une enquête systématique des vitraux du XIXe siècle à Paris, églises et chapelles, dans le but de publier un volume de Recensement sur le sujet. Il reste à visiter et à étudier 13 églises et 35 chapelles, et à explorer une riche documentation, ce qui doit se traduire par la poursuite du dépouillement des archives et des recherches dans les musées et dans les dépôts d’œuvres d’art.

Les autres membres de l’Équipe de recherche sur le vitrail, en particulier Françoise Gatouillat et Michel Hérold, enrichissent la connaissance sur le patrimoine verrier du XIXe siècle et sur les créateurs, sur le fonctionnement des ateliers et la commande artistique. Ils contribuent largement au développement du Répertoire des peintres verriers mis en ligne sur la base « Artistes » du ministère de la Culture et de la Communication (pour le XXe siècle, enrichissement des données par Véronique David).

Françoise Gatouillat a entrepris une vaste étude de l’atelier de peinture sur verre des frères Gérente, 1846-1868. Cette entreprise était impliquée dans les chantiers phares du XIXe siècle en France, ainsi qu’en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et aux États-Unis.

La thèse d’Élisabeth Pillet, membre correspondant du Centre Chastel, apportera une contribution majeure à l’histoire des vitraux anciens de Paris en documentant les restaurations du XIXe siècle. On y trouvera aussi une analyse du rôle des institutions et des hommes qui eurent la responsabilité de ces travaux. Seront également analysés les questions de doctrine et le jugement des contemporains sur les choix effectués :
Élisabeth Pillet, La Restauration des vitraux des églises paroissiales de Paris de la Révolution à 1880, Corpus vitrearum, « Études » IX, à paraître en 2009 aux Presses universitaires de Rennes.


F. Le Vitrail français du XXe siècle, ouvrage collectif sous la direction de Véronique David, avec Jean-Charles Cappronnier, Michel Hérold, Jean-François Luneau, Yves-Jean Riou

Graignes (Manche), église : mur en dalle de verre de François Chapuis, atelier Razin (1958)
© Conseil régional de Basse-Normandie, Direction de l'inventaire général du patrimoine culturel / Phot. P. Corbierre

L’opération de recherche sur le vitrail au XXe siècle a été lancée par Véronique David. Jusqu’à présent, les spécialistes n’avaient publié que des études monographiques, donnant une vision morcelée de la création artistique dans ce domaine et des relations entre peintres et peintres verriers. La recherche, très avancée, permet d’envisager la publication d’un ouvrage sur le sujet vers 2013.
Cette publication sera destinée à la fois à un grand public averti et à la communauté scientifique. Elle est construite sur les recherches menées sur des artistes, des peintres verriers, des sites précis (civils ou religieux), des événements concernant le monde du vitrail (expositions, dépose des vitraux pendant les guerres, financement des créations, etc.) ou encore des techniques, particulièrement nombreuses au XXe siècle. Ces recherches seront regroupées en quatre grandes tranches chronologiques : 1900-1914, l’entre-deux-guerres, les Trente Glorieuses et la période allant de 1975 à nos jours.

 



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